
Un Noël avec Marco
Mardi 15 décembre. 8h18. Le portail de l’école maternelle ouvre dans 2 minutes. Juste le temps pour un coup de blush et de rimmel devant le miroir des toilettes de l’école. Sandie a eu du mal à sortir de son lit ce matin, surtout en pensant à la journée marathon qui s’annonçait : la fête de Noël, la visite du vieil homme en manteau rouge et barbe blanche, l’excitation des enfants et surtout celle de ce sauvageon, qui à tout juste 3 ans, se déplace dans la classe comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il va lui demander toute son énergie, et elle prie pour qu’il ne confonde pas le sapin de Noël ou ses petits camarades avec des quilles. Pour l’instant, elle n’a pas le choix : accueillir des enfants différents fait partie de sa mission.
Elle croise les doigts pour que le père Noël ne lui fasse pas faux bond, on ne sait jamais avec les promesses de la mairie.
Elle a enfilé son top de Noël le plus kitsch et se marre d’avance à l’idée de gagner le concours du pull le plus ridicule de l’école. C’est presque les vacances, la Directrice a bien le droit de se lâcher un peu. Entre ses seins, on ne voit qu’un énorme pompon-nez rouge, les yeux d’un renne qui louchent en bonne place, elle rigole toute seule, ça va le faire. Elle n’aura plus qu’à mettre son serre-tête bois de renne dans les cheveux et le tour est joué. Il ne faudrait pas que ça donne envie à l’enfant sauvage de faire un rodéo sur son dos aujourd’hui. C’est tout ce qu’elle demande.
8h19. Il faut qu’elle vérifie ses mails. L’ordinateur n’est pas du matin lui non plus, l’écran met du temps à se réveiller. Elle n’a pas levé les yeux tout de suite, mais a senti une présence dans l’encadrement de la porte, une présence masculine que trahissent les effluves musqués d’un parfum pour homme.
— Ah, dit-elle sans lever les yeux, vous devez être le père Noël ? Je ne vous attendais pas si tôt.
Elle se décide enfin à se tourner vers l’inconnu et s’étonne devant la stature imposante de l’homme qui lui sourit, sa voix trahissant la surprise :
— Je ne m’attendais pas à quelqu’un de si… jeune ! J’espère que vous serez plus convaincant auprès des enfants, … je veux dire, avec la barbe et le costume.
D’un geste terriblement sexy, le jeune homme enlève le bonnet qui clignotait sur sa tête en riant. Il doit avoir une petite trentaine et sa barbe de trois jours réussit à peine à le vieillir.
— J’ai cru comprendre que c’était la fête de Noël à l’école aujourd’hui, alors j’ai pensé à cet accessoire amusant. Mais pour répondre à votre question, non, je ne suis pas le père Noël, je suis Marco, le nouvel AESH, nommé en renfort dans votre école.
Il s’avance et lui tend son ordre de mission, signé par l’inspectrice de circonscription. Cette dernière a donc bien reçu son appel au secours… Elle a fini par comprendre ses réels besoins. Sandie hésite, fait semblant de lire attentivement le courrier, troublée par cet homme qui l’enveloppe de son regard vert amande. Il y a quelque chose d’inhabituel, personne ne l’a prévenue de son arrivée, elle a vérifié ses mails, rien de nouveau. Il semble percevoir son inquiétude et d’un grand sourire balaie ses doutes. Après tout, ce n’est pas le moment de faire des caprices. Il est 8h20, les enfants arrivent. Elle n’en revient pas. Marco est un cadeau de Noël dont elle se passerait volontiers de l’emballage.
Elle se demande comment vont réagir les collègues. Manque de chance, le mardi est son jour de décharge et elle s’inquiète de devoir laisser Marco en compagnie de Clémentine, la maîtresse du mardi, avec ses grands yeux verts et de Marion, son Atsem, d’autant plus que cette dernière a enfilé une robe-pull hyper moulante. Heureusement, elle peut compter sur la complicité involontaire de l’enfant qui s’échappe sans arrêt de la classe.
Un peu plus tard, en salle de motricité, une maîtresse en état de sidération évidente, ne quitte pas des yeux le bel inconnu. Marco porte un col roulé qui moule son torse et ses bras. Il ressemble à s’y méprendre à l’un des Dieux du stade qu’elle garde affiché au-dessus de son bureau. Elle en oublie de délivrer ses élèves qui, attentifs à la consigne donnée, restent figés comme des statues. Le voilà qui fait bouclier de son corps pour lui éviter une violente collision avec l’enfant dont il a la charge.
À ce moment précis, une voix aiguë s’élève depuis les escaliers :
— Eh bien ! Je ne savais pas que tu avais un garde-du-corps, Jane ?!
Kimberley a toujours le mot juste pour détendre l’atmosphère. Mais voilà la Directrice qui arrive d’un pas décidé et intervient :
— Bon, je vois que vous avez fait connaissance avec Marco, mon nouvel AESH, je n’ai pas eu le temps de vous le présenter plus tôt. Il est là pour s’occuper de mon élève.
Personne ne peut ignorer la façon dont elle a appuyé sur le possessif MON.
Attirée par les échos de voix, Laure, qui discrètement, n’a rien manqué de cet échange, débarque avec son beau sourire et s’adresse directement à Marco :
— Tu sais, n’hésite pas à venir dans ma classe avec lui. C’était mon élève à la rentrée. Je pourrai te faire le détail de ses compétences…
Et elle tourne les talons, ne laissant à personne le temps de riposter, consciente de l’effet que son joli postérieur peut avoir sur la gent masculine.
*
Sandie a eu la gentillesse de proposer à Marco de rester pour le repas de midi. Cela lui permettra de livrer ses premières impressions. Il n’a pas prévu son déjeuner mais Sandie est prête à partager son riz express à la méditerranéenne d’Uncle Benz. Le pauvre, … heureusement que j’ai apporté des cookies, se dit Emma.
— Mandarines bio de Corse ? propose Éléa.
Tiens, elle a enfin délaissé ses dossiers de comptabilité. Elle a bien le droit de s’amuser un peu. Décidément, Marco ne laisse personne indifférent.
Dans cette salle des maîtres exiguë, la température monte. Toutes ont en tête la même question faussement désintéressée : « Y-a-t’il quelqu’un dans sa vie ? ».
Finalement, c’est Emma qui se lance, la bouche pleine, mais le plus innocemment possible :
— Et toi, Marco, tu fais quoi pour Noël ?
— Je vais remonter avec mes huskys à Casterino. J’y tiens un gîte pendant les vacances. J’adore accueillir mes hôtes et leur faire découvrir la montagne et les balades en traîneau.
— Oh oui ! Et les soirées devant un feu de cheminée, non mais what the fuck, je ne connais rien de mieux ! s’exclame Kimberley avec un peu trop d’enthousiasme.
— Laisse tomber ! Là-haut tu n’auras pas Netflix, tu risques de t’ennuyer, la dissuade Jane.
Marco rit de bon cœur, dévoilant des dents d’une blancheur incroyable.
— Vous êtes les bienvenues, mais pas toutes à la fois ! Et puis je préfère vous prévenir que j’aurai parfois besoin d’aide pour rentrer les bûches dans le chalet.
— Ah ? Parce que c’est toi qui coupe le bois ? lui demande Jane, pour qui ce détail a visiblement son importance.
— Oui, rien de tel qu’une bonne hache, je suis très traditionnel, précise Marco. En plus, ça fait travailler les biceps, rajoute-t-il avec un clin d’œil.
Jane en profite pour lui offrir un Ferrero Rocher. Elle l’imagine déjà avec sa chemise à carreaux, manches remontées sur ses avant-bras musclés.
— On pourrait faire un tirage au sort, non ? propose Sandie amusée.
À ce moment-là, Aïda, la gardienne de l’école, entre et déclare :
— Quelqu’un n’a pas ouvert le calendrier de l’Avent aujourd’hui !
— Eh bien, je propose que cette personne soit aussi l’heureuse gagnante d’un séjour dans mon chalet. Une présence féminine me fera le plus grand bien, rajoute Marco, ravi.