Marco & co – épisode 7

Prêt pour une séance de relaxation ?

Résumé de l’épisode précédent : Après s’être laissé prendre dans la toile de Jane (comment a-t-il pu se laisser accrocher à des sangles à la porte de sa classe ? (Oui, CE genre de sangles), puis libéré par une bande de maîtresses aux doigts rouges sang, Marco commence à se demander ce qu’il fait là. Et maintenant, on lui pose des conditions. Serait-il devenu un simple jouet sexuel ? Non, même pas. Du moins, pas encore. Il s’est fourré tout seul dans une situation grotesque. Il est temps qu’il reprenne une place respectable.

C’est à l’heure du déjeuner, dans un petit bureau de l’étage, que les filles (Kimberley, Éléa, Laure, Emma et Cristina) l’ont entraîné, pour une petite mise au point. Pour plus de discrétion, elles décident de rester dans la pénombre. Seul un filet de lumière se glisse dans les interstices du store et éclaire la pièce. L’endroit est un peu exiguë pour cinq maîtresses et le beau stagiaire, certaines devront rester debout, mais Kimberley lui propose de s’asseoir au centre de la pièce. Éléa, réputée pour son esprit pratique, suggère à Marco de retirer sa chemise maculée de rouge et de la mettre en machine sans attendre.

— Je me permets, déclare-t-elle, en se penchant sur lui et en commençant à déboutonner le col de la chemise du jeune homme, il faut faire ça tout de suite si tu veux avoir une chance de retrouver sa blancheur d’origine.

Le jeune homme se laisse faire, non sans esquisser dans le clair-obscur de la pièce un sourire amusé. Il semble apprécier les doigts agiles et la dextérité d’Eléa.

— C’est dommage, rajoute-t-elle, mais nous n’avons que des changes taille 5 ans maximum. Mais il ne fait pas froid, et puis tu peux te reposer tranquillement ici pendant que la machine tourne.

Personne n’a l’air d’être dérangé par le torse nu sur lequel se dessinent des abdominaux fermes et des pectoraux lisses comme de la pâte à modeler Patarev. (Voilà à quoi se réduit l’imaginaire d’une femme qui travaille dans une école maternelle). La température commence même à grimper dans le petit local de l’infirmerie. Les pupilles brillent et des sourires gourmands se dessinent sur les lèvres des filles. Emma décide de redonner à la conversation un ton plus sérieux :

— Marco, tu ne dois pas te laisser faire ! Si tu veux jouer un rôle dans cette école, il faut que tu t’imposes. La Directrice n’a aucun pouvoir hiérarchique. Elle n’est pas notre supérieure, tu sais. Tu n’as aucune pression à craindre. On ne la laissera pas étendre son emprise sur toi.

— Et Jane ? Comment je vais lui expliquer que…

Emma lui coupe la parole.

— Ne t’en fais pas pour Jane. Ne rentre pas dans son jeu : tu as vu ses élèves ? Elle les a comme hypnotisés, ils ne bronchent pas. Tu trouves ça normal toi ? Un conseil, évite de la regarder dans les yeux et il ne t’arrivera rien.

— Pour être franc avec vous, je voulais juste me rendre utile et m’amuser un peu. Mais là je me demande si je ne vais pas retourner m’occuper de mes chiens à Casterino. Ils sont beaucoup plus dociles. Et au moins, je suis seul maître à bord.

— Je comprends, ajoute Laure compatissante en posant sa main sur le biceps de Marco, mais tu sais bien que la route n’a toujours pas été remise en état, et puis ce serait vraiment dommage, on a besoin de toi ici.

— C’est bon, Laure, il n’a plus 5 ans, lui rappelle Emma d’un ton sec, il est capable de décider tout seul ce qui est mieux pour lui, non ?

— Mais arrête, Emma, tu vas le décourager. Il essaie juste de rendre service. Écoute, Marco, la première chose à faire dans cette école, c’est apprendre à se détendre. Si tu es d’accord, je te propose de me rejoindre à 14h00 dans la classe pendant la sieste des petits. Moment zen garanti : stores baissés, musique relaxante, j’ai un tapis de yoga et quelques notions de sophrologie. Clem sera là aussi.

— Je te rappelle, Laure, que tes élèves de moyenne section ne font plus la sieste ! rétorque Emma, visiblement agacée par la voix mielleuse de Laure.

— Mais, tu sais bien qu’un temps calme est indispensable à leur bien-être et à la connexion de leurs neurones, c’est un principe de base ! rétorque Laure.

— Moi, je n’ai que des petits, annonce Cristina, ma classe est parfaite pour une petite séance de mass… euh… de relaxation.

— Tu ne dois pas prendre les grands de Sandie en soutien aujourd’hui ? lui lance Kimberley.

Cristina se mord la lèvre.

— Si je comprends bien, personne n’est disponible, alors que les petits dorment. C’est quand même dommage ! Et si on remettait ça en fin de journée ? propose Éléa.

— Oh non, moi j’ai aquavélo ! soupire Cristina.

— Pas grave, t’as ton coach Guillaume, non ? Faudrait pas être trop gourmande quand même… la rassure Laure.

Le pauvre Marco se sent perdu et tiraillé. Il commence à en avoir marre de toutes ces femmes qui se disputent son attention. Il n’a qu’une envie : claquer la porte et disparaître pour de bon. De l’homme-araignée à l’homme invisible, il n’y a qu’un pas. Il ne pensait pas se retrouver dans une situation pareille en acceptant un poste de stagiaire ! Il ne manquerait plus qu’on lui demande un café ou des photocopies.

— Écoutez les filles, je crois que j’ai besoin de rester seul un moment pour réfléchir. Dès que j’aurai récupéré ma chemise, j’irai me faire un tour. Je peux compter sur votre discrétion, n’est-ce pas ?

***

Il est 14h30 quand Marco, habillé d’une chemise d’un blanc éclatant, sort de sa grotte pour s’échapper de la ruche. Il ne pensait pas tomber sur la reine à cette heure-ci.

En effet, Sandie se dirige dans sa direction. Le sourire qu’il trouvait si craquant a disparu de son visage. Elle semble deviner qu’il a l’intention de s’éclipser.

— Tu pourrais me faire vingt-cinq photocops ! lui lance-t-elle en passant. Et un café ! Merci !

Il regarde la porte de la Directrice se fermer devant son nez. Incrédule, il n’a qu’une envie : prendre ses cliques et ses claques et se tirer d’ici. Déjà la main sur la poignée, il entend la voix familière de la gardienne qui l’interpelle :

— Marco, attendez ! Marion doit se présenter aux bureaux de sa supérieure pour son entretien annuel dans vingt minutes. Sa voiture refuse de démarrer ! Elle est en panique. Ça vous ennuierait de l’accompagner ?

Ravi de quitter ce nid de guêpes, Marco accepte volontiers. Ce sera l’occasion de faire connaissance avec la jolie Marion, l’Atsem de Cristina.

— Aïda, vous me sauvez la vie ! s’écrie-t-il en prenant la gardienne par les épaules et en lui collant une bise sur la joue.

— N’exagérez rien ! Je ne vous ai pas encore fait de bouche-à-bouche quand même ! Bon, allez, l’encourage-t-elle en le poussant à sortir, là c’est Marion qui a besoin d’aide, elle est dans sa voiture, juste là, en face de l’école !

Episode 8 : Love Actually

Episode précédent : épisode 6 : Envie de meurtre

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© Emma Blue

Publié par Emma Blue

Auteure de J'irai souffler sur tes cendres

7 commentaires sur « Marco & co – épisode 7 »

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