Objectif : Imaginer une galerie d’art où seront exposées des œuvres monochromes. J’ai choisi le vert 🍀
Cinquante nuances de vert 💚
La galerie Art et Nature est située rue de la Tour. Entre une échoppe de souvenirs et une vitrine où sont figées des statues de pierre d’un autre temps. Ma mission : lui donner vie, faire palpiter son cœur. Mais comment incarner la vie avec une seule couleur ? C’est le défi que je me suis lancé en choisissant d’exposer des tableaux monochromes. Préparez-vous à plonger dans un univers verdoyant ! Imaginez : du sol au plafond, les nuances de vert vous emporteront vers un monde oublié. Seuls les jeux de lumière orienteront votre regard vers des œuvres caméléons.
Présentation de l’exposition
Dès l’entrée le ton est donné. Vous passez d’abord par un sas pour que vos yeux s’habituent à la semi-obscurité. La lumière rasante au sol donne à la pelouse synthétique des reflets brillants comme si la rosée venait de s’y déposer. Composée de quatre couleurs de brins différentes, de trois types de fibres hauts de quarante-cinq millimètres, le vert est profond et d’une densité exceptionnelle. Oui, je vous invite à vous déchausser. Fermez les yeux et laissez-vous aller. Vos pieds s’enfoncent comme dans la mousse des sous-bois. Vous verrez, la sensation est à s’y méprendre, d’une douceur incroyable. Laissez-vous guider par l’ambiance sonore : une pluie tropicale soutenue, comme si la nature pleurait sur une couleur qui chaque année se raréfie un peu plus. Vous tremblez à l’idée de voir surgir des coins sombres un ou deux arachnides aux pattes velues, n’est-ce pas ?

Poussez la porte. Vous entrez à présent dans le poumon de la galerie. Votre œil est attiré par une photographie en 16/9ème : la silhouette démesurée d’un caméléon se dessine entre d’immenses feuilles tropicales vert pomme et couvre entièrement le mur de droite. L’immobilité est saisissante. L’animal ferme les yeux comme pour mieux disparaître. Vous aurez envie de le toucher, tant le détail de sa peau est précis : ses écailles sont-elles rugueuses ? Mais vous vous retenez, vous ne voulez pas risquer de le réveiller.

Sur le mur opposé, le tableau qui lui fait face vous rappellera une peinture oubliée du Douanier Rousseau intitulée Deux lions à l’affût dans la jungle : la profusion de détails inonde l’espace du cadre. Mais un malaise s’installe : malgré la densité de la végétation, la diversité des feuilles, de tailles et de formes différentes, vous ne décelez aucune trace de vie, pas le moindre insecte. Comme si l’animal – dont l’homme – était désormais exclu de la beauté du monde. Alors vous vous approchez, vous vous émerveillez de la précision du trait, du tracé des moindres nervures et de l’emprise de l’homme sur la nature.

La pièce suivante s’ouvre sur la vidéo-projection à trois-cent-soixante degrés d’une prairie dont les hautes herbes dansent à perte de vue sur une pente abrupte. Un zoom avant à travers les brins, du vert lichen au vert de chrome, vous aspire comme si vous rapetissiez. Des souvenirs d’enfance vous reviennent en mémoire, vous vous imaginez rouler dans l’herbe, enivré par la fraîcheur des effluves et sentez votre sang devenir sève. Reprenez vos esprits et laissez-vous bercer par le bruit du vent qui souffle en rafales. Peut-être remarquerez-vous l’absence de bourdonnements, de frottements d’ailes, et de chants d’oiseau ? Zoom arrière, comme si vous repreniez taille humaine. Seul le déplacement de l’air qui dessine des vagues sur l’immensité verdoyante vous donnera l’illusion de la vie.

Pour la dernière partie de la galerie, j’ai choisi de présenter les reproductions d’une cinquantaine de feuilles exagérément agrandies, épinglées sur fond blanc à la manière d’un herbier géant. Approchez‑vous et déchiffrez les noms latins donnés par des botanistes de renom : Centranthus petroleum, Aquilegia plasticus et Limonium polymère. Vous apprécierez la calligraphie à l’ancienne, l’écriture à la plume et à l’encre couleur vert bouteille.
Il n’y a aucun doute : la douceur de la main de l’homme est encore passée par là.
©Emma Blue
Ta galerie est une invitation à la découverte, je suis même tentée d’entrer Rue de la Tour sur google map. Pari réussi !
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Merci Peggy ! 😊
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